Elephant Vert, escales et rencontres

Au Venezela, Higuerote/Carénéro

09:05, 11/12/2007 .. 3 commentaires .. Lien


Au Venezuela, le chemin de vagues pour aller à Carénéro- Higuerote...


Des vagues et du vent, voilà ce que je peux dire, là, sur le moment. Des vagues de tous les cotés, dans tous les sens. Un vent assez « musclé », constant en force, 25 à 30 noeuds, et en direction.

 

Ou la la, il faut que j'aille caler je ne sais quoi, je ne sais où, dans le bateau.Ca fait du bruit, quelque chose se balade! Le ciel est dégagé, heureusement. En VHF, nous appelons nos copains de Taille la Zone. « Mmmmoui, ça va, ça va, mais franchement, ça pourrait aller mieux », nous dit Marie- Jo. La nuit arrive, et avec elle, un cortège de nuages. Les éclairs d'orage commencent à nous faire le grand cinéma. Nous n'entendons pas le bruit du tonnerre.

Tant mieux, ça veut dire qu'il est très loin. Bernard nous appelle. Il a pris la météo, et on annonce une grosse masse nuageuse bien compacte, qui vient sur nous. Le vent est toujours aussi fort, et les vagues ont l'air de vouloir batifoler, et de jouer à la plus haute. « Taille la Zone » et son équipage, vers 10 h le soir, préfèrent aller vers Carénéro s'abrîter. Ils pensent y être dans 2 ou 3 heures. Nous, nous allons moins vite, et nous préférons continuer la route jusqu'à Margarita, où nous serons en principe, le lendemain soir. « Bon, d'accord les copains, nous dit Bernard. Bonne route et soyez prudents. On se parlera demain matin en radio.». Et voilà. Taille la Zone et l'Eléphant Vert se quittent, après de sacrés bons moments passés ensemble à tirer des bords, ramasser des coquillages, refaire le monde sous les étoiles, rencontrer d'autres copains. Salut le chien Réglisse.

Je suis de veille. Les gros nuages me cachent les étoiles et la lune, presque pleine. . Alors, je descends et me fais un café. Je suis saoulée de vent, d'air salé, de nuit, de bruits.Tout de même, ça fait un drôle d'effet d'avancer comme ça, grâce au vent, juste parcequ'il souffle dans nos voiles, et nous fait avancer, tout droit, tous seuls dans la nuit compacte, juste éclairés cette nuit, par la grosse lune blanche.

Il y a des matins où l'on aimerait que le jour ne se lève pas. Une grosse barre noire nous vient droit dessus. La mer est grise avec de méchantes crêtes blanches. Le vent monte d'un cran, et encore d'un cran, jusqu'à souffler les 35 noeuds. Un amas de flotte, d'éclairs accompagnés de bons coups de tonnerre. On ne voit plus la mer se détacher du ciel. Bon, alors on fait quoi? Si nous tirons un bord vers l'île de Tortuga, au large, nous emmenons derrière nous cet amas de sale temps. Si nous tirons un bord vers Carénéro, nous serons plus vite à l'abri, mais moins vite à Margarita, et moins vite sur la route du retour... Et bien, ras- le- bol de se faire doucher, de se faire chahuter depuis hier après- midi, alors, vous avez deviné, nous allons sur Carénéro. Nous y serons vers midi. Et nous irons voir les ibis rouges. Et nous retrouverons nos copains.

Nous passons le grand rocher de « La sentinelle ».Un vrai cap aux rochers en pattes d'élephant. Ca tombe bien! Un espèce de sale clapot désagréable nous arrive juste en face, contré par la houle du vent du coté babord. Mais la pluie a cessé, les orages aussi, et ils ne nous ont laissé que du gris, de l'humide. L'eau devient de plus en plus boueuse. Nous approchons de la côte, basse et verte. De grandes montagnes apparaissent dans la brume, loin derrière. La petite ville de Higuerote fait face au village de Carénéro.

« Tu vois les bouées? »

« Non, du tout, euh... oui, attends, le vieil hôtel, le ponton en bois... »

« Moi non plus, je ne les vois pas ces fichues bouées d'entrée du chenal »

Il y a sacrément longtemps que l'on n'a pas fait ce genre d'exercice. Aux Antilles, c'est rare!

« Bouées? »

« Non, non, ah, ouiiiiiiiiiiiiiiiii!! ouf- enfin

 

 

Nous entrons dans un chenal minuscule avec très peu d'eau sous la quille. Mais si on touche, ce n'est pas grave, ce n'est que de la vase. Nous dépassons les petites marinas, le chantier de carénage. Mieux vaut ne pas regarder de ce coté, c'est moche. L'autre coté est mieux: mangrove et encore de la mangrove, immense et mystèrieuse. Il fait très chaud, pas un souffle d'air. L'eau est jaune, le ciel couleur de fer blanc. Nous déambulons entourés de palétuviers et allons mouiller à coté de qui donc? Je vous laisse deviner, mais oui nos potes de Taille la Zone. Ainsi que deux autres bateaux français. Le soir, extinction des feux assez tôt. Nuit moite, humide, remplie de « floc », de « flac », de chuintements, de pluie fine, de bruits sourds d'un orage lointain.

 

SPLATCH!!!!! Ca, c'est le bruit d'un pélican qui plonge lourdement dans l'eau. Il est 6h du matin, je suis sur le pont. Le jour se lève sur la mangrove. Je devrai dire, se déchire, sur la mangrove. Le ciel s'entrouve, laisse passer un coup, du gris, un coup, de l'argent, puis un mince filet de bleu. Un arc- en- ciel troue de ce qui reste de l'aube. La brume stagne en haut des collines et assaisonne d'une légère pluie tout ce vert. Tout cela donne un contour flou et irréel au paysage. Les coqs chantent depuis longtemps. Le jacassement incessant des perroquets vrille mes tympans. Viennent derrière eux les dernières trainées de la nuit, grises et rosées. Parfois, des poissons sortent de l'eau pour y retomber avac nonchalance, en laissant de grands cercles ...

Et je les vois... Ils passent au- dessus de ma tête. Cous et pattes tendus. Rouges. Merveilleusement écarlates, sur le gris des nuages, sur le vert des palétuviers. Et je murmure doucement... « merci, vous êtes sublimes, je rêvais de vous voir. » Ibis. Ibis rouges. Ibisssssssss...

 

Après avoir regardé les ibis toute la matinée d'hier, ce matin nous partons redécouvrir la civilisation! Ca fait tout de même un mois que nous n'avons pas vu de voitures, de commerces dans une rue, enfin tout ce qui constitue la vie quotidienne de tout un chacun. Nous prenons un bus complètement kitch, qui passe à ce que j'appelle « Les 4 chemins », à la sortie du village. Ca fait très western. Deux « grandes » routes se coupent, car partout ailleurs, ce ne sont que des pistes poussiéreuses, bordées de mangroves. Il y a des gens qui vendent tout et presque rien, sous la bonne fraîcheur des grands arbres. Une petite bodéga, où l'on peut acheter bières et alcool, un bistrot, un restaurant sous une tonnelle agréable et bienvenue, car ici, sachez le, il fait chaud, très chaud, 35° et plus.Et un 35° « tropical »!

Le bus arrive enfin en « ville ». Higuerote, quel joli nom. La petite ville est à l'image de toutes les villes vénéuzueliennes: des rues commerçantes avec des magasins qui se suivent, et sur les trottoirs, des étals minuscules sérrés les uns contre les autres, de la musique, bien sur, forte, bien sur. Aprèsles rues s'en vont de- ci de- là, et finissent, à Higuerote, en cul- de-sac, en ruelles défoncées, soulignées de maison carrées, colorées ou lépreuses. Le vent souffle fort dans les rues ce matin.Il fait voler des papiers gras, des bouts de plastique, et fait rouler des canettes de bières ou de soda. Nous passons le pont qui enjambe une rivière marron. Les rives sont défoncées. Nous arrivons sur le bord de la plage. Le sable est marron, la mer aussi, et elle claque sur la plage sans interruption. Nous revenons dans le centre, où c'est tout de même plus gai. Un petit marché: bonheur, des tomates, des choux, des bananes, des mandarines, et tant de choses intéressantes et fraîches que nous n'avons plus depuis quelques jours à bord. Un mois et plus, que nous n'avons plus fait de courses! Et pour clore la fête, nous allons manger au restaurant des « 4 chemins ». Un beau morceau de viande chacun, entouré de frites bien dorées et le tout arrosé d'une bonne bière fraîche, pour l'équivalent d'un euro et demi! A l'ombre, au frais, en écoutant la musique ô combien latino, de Jorge Guerrero.

En cette fin d'après- midi, nous allons « traquer » l'ibis pour de vrai. Marie- Jo vient avec nous. Nous prenons notre annexe, sans oublier de quoi se rafraichir et grignoter. Nous avons envie d' observer les oiseaux jusqu'à la tombée de la nuit. Les appareils photos sont prêts pour Fred, les carnets et stylos, pour Jo et moi.

Le moteur de l'annexe ronronne doucement le long du grand canal. Nous passons sous un grand pont sous lequel le courant est assez fort. Et nous débouchons sur un immense et magnifique plan d'eau. Autour de nous, bien sur, la mangrove, sombre et mystèrieuse et humide. Les grandes racines des palétuviers ensorcellent nos esprits, et nous imaginons toute sorte de « zombis », de « quimboiseurs ». De sorciers, si vous voulez. Les montagnes sont loin derrière tout ce vert. Elles grimpent haut vers le ciel. Quelques nuages y restent accrochés. Le calme nous permet d'entendre tous les frémissements, les bruissements, les infîmes bruits d'oiseaux, de plantes, de crabes, de coquillages, de poissons. Nous quittons cette sorte de lac et nous nous enfonçons dans les méandres des mangroves.

 

Nous avons idée de trouver un chemin qui nous permet de nous enfoncer dans les marais. Et enfin, nous le trouvons, dans un trou sombre de verdure et de racines. Nous laissons l'annexe attachée à un arbre. On se prend pour de vrais explorateurs! Des tressautements, des chuintements, des cris rauques d'oiseaux inconnus nous font nous retourner, et on ne sait plus où regarder. Des grands hérons bleus filent sous nos yeux, des aigles- pêcheurs font des cercles au- dessus des grands arbres. De belles et grosses libellules virevoltent. Elles sont si belles, noires et rose- fuschia. Les aigrettes blanches, grises, tachetées, volent à tire- d'aile, planent, repartent.

 



Nous marchons à la queue leu leu en prenant des tas et des tas de photos, de petits films. Le sol est un peu mou et recouvert d'une légère couche d'eau. Des mouches, des moustiques nous tournent autour. Les crabes et les coquillages font « crrrrrrrrrrr » et s'enfoncent dans la vase à notre approche. Les palétuviers se font de plus en plus rares, et nous arrivons devant un grand marais. Eau de couleur verte et marron. Ciel bleu dur. ET...sur l'eau, dans le ciel, la couleur écarlate des ibis. Ils sont à la fois de la soie, du velour, du satin flambant rouge, d'un rouge étourdissant .

 

 


 

Ils sont très élégants sur leurs pattes hautes, le cou tendu, le bec délicatement recourbé. Nous avons le souffle coupé de tant de beauté. Comme écrit la chanteuse Barabara: « Merci et chapeau- bas ». Ils nous regardent, tellement beaux. Ils ont peur, ils vont s'envoler. Ils sont dix, vingt. Ils s 'envolent, et dans le ciel, c'est un feu d'artifice unicolor de ce rouge insensé.


Le ciel s'ssombrit. Nous regagnons notre barque, et rentrons doucement sur nos bateaux.

Aujourd'hui, je regarde le soleil descendre dans l'eau, doucement. Il fait calme, il fait bon, et je me souviens...

 

A très bientôt, pour d'autres histoires...

 

 

 

 


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PLAISIR........

02:51, 14/12/2007 .. Publié par manu et maïa
Salut tout le monde, c'est toujours un plaisir de te lire Mine et ça fait du bien un peu de chaleur en ce mois de Décembre...... Bon voyage et bonne fête à vous 2. On pense à vous bien fort++++++++++++++

POUR INTERVIEW AVEC FRANCE INTER

10:31, 17/12/2007 .. Publié par Anonymous
Sommes intéressés par votre blog merci de nous communiquer vos coordonnées téléphoniques par retour de mail :
blogsapart@radiofrance.com

Bien reçu l'information......

11:04, 20/12/2007 .. Publié par Anonymousmaman
... en se qui concerne France Inter....Bravo ! je vais être obligée de me lever très tôt ! à bientôt pour plus de précision.....

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